22/06/2006

Mes mots bleus

Premier pas dans la salle enfumée.  Brumeuse de fragrance lourde de transpiration.  Les murs et le plafond sont moites de condensation tiède, décollant la peinture.  Un léger brouhaha sort du ventre de la foule.  La poussière d'étoile circule, s'insinuant dans les narines, prêtes à l'explosion.  Les bourbons se suivent et se ressemblent, c'est chaud, il fait chaud.  L'oppression de la respiration fait soulever, a grand peine, les poumons qui n'en peuvent plus.  Rejetant l'humidité des corps, l'essence de la vie.
Une cigarette pour les nerfs, l'aclool pour l'âme.  Clope et Whiskey, on n'a rien trouvé de mieux pour soigner les coups de blues.  La peur me tenaille les entrailles, ça va bientôt être à moi.  Il va falloir les faire bouger.  Il va falloir me controler.  La pituite qui me sort de la bouche remplis mon coeur d'amertume.  Vite, un verre.
J'entre en scène, branche ma Gibson sur le bon vieux Twin Reverb.  Attendre que les lampes chauffent un peu.  Vérifier l'accordage, tirer sur les cordes.  Je scrute le public, qui ne me remarque même pas.  Pour eux, je ne suis qu'un énième plaisir, un de plus.  il faut que ça change.
Il faut que l'on se lance, j'y vais. 
Je commence par une rythmique bien blues, bien roots.  Le Mi et le La se suivent en cadence des douze mesures.  Précision, être dans le temps.  Le batteur me donne le bon tempo.  La Gibson me délivre un son bien gras, baveux, par delà la limite des cordes.  Une légère saturation vient salir le son, chaleureux assez lourd, oppressant même.  La foule s'est tue, me regarde, insensible.
Le bassiste soutient la batterie, un son bien rond sort de sa Fender précision.  Il a le groove, les notes roulent, keep the groove man.
Le chant commence, de ma voix rocailleuse, je chante les amours perdus, la tristesse.  C'est ce que je sais faire de mieux : la tristesse.  Le blues est avec moi, il me prend dans ses bras, je commence à décoller.  A me défouler.  Ma voix s'immisce dans les têtes, papillone leurs oreilles.  Ils sont sous le charme, ils ne le savent pas encore.
Premier Chorus, le saxophone prend le relais de la voix, ses notes aériennes se perdent dans l'anfractuosité des bouches avides qui nous dégustent, ils en redemandent.  On va les laisser un peu sur leurs faim.  Ce sera uniquement quand moi je l'aurais décidé.  Un petit rictus vient illuminer mon visage. 
La rythmique ne faiblit pas, les lampes de l'ampli, chauffée à blanc délivre Le son.  Mes doigts courent le long du palissandre du manche, doux et satiné.  Les cordes s'enfoncent un peu dans la chair mais, qu'importe.  Je sens que cela vient, doucement.  Prendre son temps, ne pas brusquer.  Précision, telle un métronome fantomatique.  Ce tic tic dans ma tête qui me poursuit.
La foule commence à apprécier, je le sens, je le vois.  Cet amas putride est gluant d'émotions.  Ils se nourissent de ma tristesse, se bâfrant de rythme.  La foule perle de sueur, enfilant verre sur verre, brûlante d'envie.  Moi, je suis serein, je ne suis déjà plus avec eux, je suis dans mon blues.
Solo, je suis préparé, mes doigts courent sur la manche, s'attardant ça et là sur quelques notes de la pentatonique.  Les croches se marient avec les blanches les blanches font des infidélités aux noires.  Le son déchire les âmes, lourd de sens, léger d'envie.  Un plan appelle l'autre, ils fusionnent, se complètent, s'entrecroisent.  Le son vibre les âmes, et surtout, la mienne.  Je ne suis plus là, j'ai les yeux fermés.  Je vois la salle du dessus, je ne suis plus avec eux.  Je virevolte entre les humeurs, les sons qui s'entrochoquent.  Je suis vivant, je suis vibration, je suis la musique.  Ce bon vieux blues qui m'accompagne et qui ne me laissera jamais tomber.
Le foule ne se sens plus, elle veut avancer, elle veux bouger se manifester.  Je les fais taire, ils ne saliront pas la musique.  Ils doivent uniquement écouter, religieusement.  Je les empêcherais.  Ces porcs n'auront pas le dessus.  Si ils ne se respectent pas eux même, qu'ils repectent au moins le Blues.
Des notes, encore des notes.  Le solo n'en finit pas, je leur crache ma puissance à la figure.  Eclaboussant leur vie misérable par tant de beauté.  Ils sont bouleversés, ils ne se rendent plus compte.  Ils ne savent plus d'où ils viennent, happé par la tristesse et le remord.
Le solo se termine, délicatement, en légèreté.  La rythmique reprend, la voix couvre les abîmes laissés entre les tables.  Je reviens, doucement.  Je réintègre mon enveloppe charnelle.  Les yeux ouverts, le final : Si-La-Mi, émotion de fin.  Rideau.
Pantelante, vidée la foule applaudit.  Nous venons de connaître un grand moment.  Une grande dame nous à parlé, s'est confiée à nous.  Je sais que partout, elle m'accompagnera, ne me laisseras pas tomber.
Une derniere cigarette, un peu de poussière d'étoile.  May the blues be with you ...

09:32 Écrit par Nola | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook |

Commentaires

blue combo comme une eau boueuse. Muddy Waters peut-être.

Écrit par : fun | 22/06/2006

Fun Muddy, Buddy, Albert, Steevie et les autres ... ;-)
Tu vas bien ?

Écrit par : Nola | 22/06/2006

Yihaa Crié-je en mon for intérieur... superbe !

Écrit par : Boudlard | 22/06/2006

Merci Boud' Haaaaaaaa, le blues ...

Écrit par : Nola | 22/06/2006

Les mots bleus Qui font rêver les gens heureux
Heureuse le p’tit Caillou
Qui aiment les mots doux,
Ceux que prononcent Nola,
Mais Nola ment
La foule est sensible assurément,
Mais Nola ment,
La tristesse n’est pas ce qu’il fait de mieux,
Le Ptit Caillou heureux,
Dit que ce Nola là,
C’est sûr, vient de l’au-delà.

Écrit par : Le P'tit Caillou | 22/06/2006

~Ï~ Et en prose s'il vous plaît !
Comment va petit caillou ?

Écrit par : Nola | 22/06/2006

Ca va mon Nola et toi? Tout baigne? Le soleil brille hein?
je veux dire dans mon coeur, tu peux pas comprendre..... ou si justement?

Écrit par : Le P'tit Caillou | 22/06/2006

Petit Caillou Je ferais en sorte de comprendre ;-) Et puis si ton soleil brille, tu illumines !

Écrit par : Nola | 22/06/2006

vi vi super bien; suis toute contente aujourd'hui, sais pas pourquoi...;-))

Écrit par : fun | 22/06/2006

Fun C'est la musique de la fête qui te transporte ! Tu vois qu't'as aimé ça, coquine !

Écrit par : Boudlard | 22/06/2006

Boud' c'est exactement ce que je lui ai dit ! ;-)

Écrit par : Nola | 22/06/2006

Nola Live in the city ;-)

Écrit par : Yves | 22/06/2006

Yves Put your hands in the air !!!!!!!!!

Écrit par : Nola | 22/06/2006

Nola j'ai pas l'air con avec les mains en l'air a mon guichet ;-)

Écrit par : Yves | 22/06/2006

Yves Ha ben vi, Sauf si le gars en face de toi tiens un pistolet !

Écrit par : Nola | 22/06/2006

Nola Avec la vitre que j'ai devant moi, il devrait être idiot pour tirer, la balle fait un aller-retour immédiat

Écrit par : Yves | 22/06/2006

ha OK c'est blindé !

Écrit par : Nola | 22/06/2006

oui c'est pour empecher que je frappe les clients ;-)

Écrit par : Yves | 22/06/2006

Meuuuuuuuuuuh non ! t'est un gentil toi !

Écrit par : Nola | 22/06/2006

hihihi parfois oui ;-)

Écrit par : Yves | 22/06/2006

Yves ;-)))))))))))))))))))))

Écrit par : Nola | 22/06/2006

Yves Faudra que je passe te saluer au guichet par une chaude journée d'été : j'ai une magnifique mitraillette fluo assortie à mon entonnoir qui passera par les trous de ta vitre !

Écrit par : Boudlard | 22/06/2006

Une vitre blindée avec des trous?
Blindés aussi les trous?

Écrit par : Le P'tit Caillou | 22/06/2006

Désolé les filles pas de trou dans la vitre, hihihi

Écrit par : Yves | 22/06/2006

je reste au blog, mon Nola vacances ne signifie pas absence! pas cette fois-ci en tout cas, à part quelques jours de ci de là. ;-)))))))) (et puis, je pourrais pas m'en passer, c'est une drogue)

Écrit par : fun | 23/06/2006

Les commentaires sont fermés.