29/06/2006

Un thé au mascara

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Humeur musicale du jour : No more shall we part de Nick Cave and the Bad Seeds

Humeur d’Emma : Gatééééééééééééééééééééééééé

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J’ai vécu un moment fabuleux, hier, dans une de mes fugitives éthérées.  Un moment de bien être, précis, je m’y sentais bien.  Une sorte de refuge où il me plaira, maintenant je le sais, de me livrer à l’inconscient.

 

La journée était chaude, harassante de soleil, luisant les moindres pores d’une enveloppe que trop caricaturale.  Déambulant dans le souk, passant et repassant par le mêmes endroits, par les mêmes visages sans cesse inquisiteurs et quémandeur de sonnant.  La poussière qui recouvrait mes pieds et le bas de mes jambes se faisait beaucoup trop lourde à porter, ralentissant par leur frottement sur le tissus et dans l’air, le mouvement pénible de mes pas.  La chaleur m’envahissait, fatigante et régulière, empêchant mon corps de lutter contre elle.  Evanouissant toutes impressions de fraîcheur, toutes possibilités de s’immerger dans l’ombre. Il fallait que je me pose, que je m’accroche à un désir de repos glacé.

C’est alors que j’aperçus, cachée dans un recoin, encadrée par de l’immense, un porte, d’un bleu passé, écaillé par le temps.  D’un bleu qui devait avoir été brillant et aguicheur.  Un bleu, encore plus paisible que la mer, lorsque sa surface lisse vous porte, un bleu encore plus vaste que le ciel, lorsque couché, vous vous perdez à le contempler.

C’est toujours le même dilemme, lorsque les humanisants sont confrontés à une porte fermée.  Toujours ce choix cruel et ridicule : non pas celui d’ouvrir la porte, non, c’est à la portée du premier venu.  Non, le vrai choix est : aurons nous le courage de regarder ce qu’il y a derrière !  De percer le mystère de l’inconnu.  Ouvrez une porte les yeux fermés et vous mourrez peut être dans l’ignorance mais ouvrez une porte et contempler ce qu’elle cache pour mieux interagir avec le visible ou l’inconscient, c’est là, à mon sens, la vraie difficulté, versatile et occultée par notre rigueur matérialiste.

Je poussais le battant, donc, d’une main pas vraiment rassurée mais pas encore tremblant.  Les charnières se disloquant quelque peu d’un bruit grinçant et métallique, n’opposaient aucune difficulté, invitait le voyageur à les remarquer.  Comme si, maintes fois avant moi, d’autres, avaient eu l’audace de troubler leur mécanisme vieux d’irascibles tentations.  Tout de suite, l’impression de fraîcheur se collait à l’eau perdue de mon corps, contractant les veines, resserrant le grain de la peau.  Tout de suite, il m’a fallu entrer.

Refermant l’étanche derrière moi, je pu enfin contempler la pièce. Elle était basse, faite de mur de pierres, rugueuses et poreuse, elles semblaient si vieilles, que je me voyais déjà, leur posant toutes sortes de questions.  Leur demandant de me raconter tout ce qu’elles ont vu, dans leur passé de pierres, tout ce dont elles ont été témoins, dans leurs entrailles.  Il n’y avait pas d’autres portes, ni de fenêtres d’ailleurs.  Juste quelques candélabres, posé, ça et là. Eparpillés pour tamiser la couleur des vitraux bordeaux, ocre orangé, safran et violet, donnant une impression de voyage acides, d’éternel recommencement.  Des coussins de velours et de soie, explosant de moelleux, invitaient à l’immersion d’un repos balbutié par les coutures dorées, pures et éclatante.  Quelques encens d’effluves de bergamotes, d’oranger et de chocolat, renforçaient l’impression sucrée qui se dégageait de l’endroit.  Si bas et si doux que vous ne pouvez que renaître, une fois sorti.

Je ne l’avais pas remarqué tout de suite, enfin, j’avais l’impression du vivant, mais ce n’est que quelques temps, après l’accoutumance des délices, que je sentis un frôlement, un glissement d’air, en face de moi.  Une femme voilée de sable, s’offrit à ma vision, me laissant seulement apercevoir, de ses parements enveloppant, deux yeux verts, brûlé aux alentours par du kohl charbonneux.  Un regard pénétrant, pétillant, rieur et en amande, toujours ce même regard qui me poursuit lors de mes voyages éthérés.  Il est toujours là, m’accompagnant dans la mer, au dessus d’un toit, le temps d’une danse ou même sous la pluie.  Qui a dit que je ne faisais que rêver ?  La femme m’invitait à m’asseoir d’un geste auguste et tendre, pas un mot ne vint troubler le silence intimidant. Elle me servit un thé à la menthe, épais et concentré de fraîcheur brûlante, d’un vert brun, effusion de quelques feuilles odorantes.  Je pus mieux l’apercevoir, redondante d’envie, sculptée de sagesse calfeutrée.  Je m’assis donc, je m’allongeais, ensuite, brisé par la différence luxuriante qui s’émanait d’elle.  Je percevais, son odeur, mielleuse du bronze qui recouvrait ses effluves, musquée du cuivre qui cliquetait  par delà le henné.  Elle s’allongeait, à son tour, pas loin de moi, mais assez pour que je puisse sentir son aura, ses longues bouffées d’air, aspirées goulûment. Nous ne nous touchions pas, nous n’en avions pas besoin.  Regardant fixement les étoiles du plafond, qui filaient, juste devant notre richesse retrouvée, je me disait, qu’il aurait suffit, d’un peu de pluie, pour que le moment soit parfait.

 

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09:32 Écrit par Nola | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook |

Commentaires

Tout simplement Splendide !!!

Écrit par : Yves | 29/06/2006

Tu aimes Yves ? cool, ça me fait plaisir !
T'as vu, j'ai réussi à implanter les stats ! ;-)

Écrit par : Nola | 29/06/2006

oui j'adore pour les stats j'ai vu, mais tu vas devoir attendre un peu pour que les résultats s'affinent

Écrit par : Yves | 29/06/2006

effectivement ! ce qui est un peu ennuyant, c'est qu'il prend en compte, chaque fois que je fais un refresh. Chose que skynet occulte

Écrit par : Nola | 29/06/2006

Merci Nola... Et pourtant j'ai le moral dans les talons, écoeurée, dégoûtée, en colère.... et je n'ai même pas d'enfants.

Écrit par : Le P'tit Caillou | 29/06/2006

Je dirais même plus Magnifique ! Quelle sérénité se dégage de ce moment.

Écrit par : Boudlard | 29/06/2006

oui Nola il compte les pages vues, le compteur skynet les ip uniques (sur 12 heures)

Écrit par : Yves | 29/06/2006

~Ï~ Yves => 12 heures OK
Boud' => you've got a message ;-)

Écrit par : Nola | 29/06/2006

Je suis d'accord avec toi de là ce que j'ai voulu exprimer en douceur avec "A la lueur de cette mort, l’avenir devient une prison interminable, et le passé un sujet perpétuel de reproches."
Hier je repensais à Jean-Denis Lejeune, qui un jour avait raconté que ce qui le minait le plus, c'est que la veille de la disparition de sa fille, il l'avait punie et envoyée au lit et que c'est ça qu'il se reprochait le plus. Pas comparable bien sûr, mais ça en dit long sur le calvaire qui attend ces parents-là maintenant.
Bon j'arrête sinon je vais craquer!

Écrit par : Le P'tit Caillou | 29/06/2006

... Fragrances, couleurs et images connues. J'aime bcp.

Écrit par : Leozz | 29/06/2006

et il était parfait ce voyage que je viens de faire à te lire. Même s'il n'y avait pas de pluie. Kikou mon doux.

Écrit par : fun | 30/06/2006

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