08/08/2006

Khôl

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Humeur musicale du jour : Number of the Beast d'Iron Maiden

Humeur d’Emma : J'adore que l'on me prenne en photo !

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Je suis arrivé, tôt le matin, au pied de la montagne noire, fumante du soleil brumeux de l'aurore.  Je suis rentré dans la salle des pendus, déposé mes vêtements sur le cintre en métal et tiré sur la chaîne, entraînant, haut, très haut les vestiges de mon apparence humaine.  Quelques camarades d'infortunes m'ont rejoint, nous descendrons ensemble, tous, dans une cage en fer.

Nous prenons la cabine qui nous transportera à l'intérieur du sol, là où il n'y a pas de fenêtres, pas de lumière où l'air y est humide et chaud tel le vagin pourri des entrailles de la terre.  Nous commençons à extraire le précieux, arraché aux veines faisandées des conduits.  Nous aspirons, à grosses gorgées, l'épaisse poussière qui vient ulcérer nos poumons, craquant par sa structure nos échanges gazeux et vitaux.

Quatre tintements de cloche : des chariots remplis de charbon vont être remontés.  On entend la machine qui se met en branle quand soudain, un bruit.  Eclatant et se propageant à la vitesse de l'éclair dans les galeries, ensuite de la chaleur, des hommes qui crient, qui courent, ça et là, des taches de lumières viennent frapper les parois, les lucioles de nos casques se déposant sur la masse cataractique de la houille.  Je suis le groupe, sans vraiment trop savoir, ils courent, je cours à en perdre haleine, inhalant encore plus la poudre du minerais.  Je ne sais pas ce qu'il se passe, il fait chaud, plus chaud que d'habitude, l'air se fait plus rare, engourdissant quelque peu nos mouvements.

Une première porte, fermée.  Une deuxième, fermée également.  L'alerte à déjà été donnée.  A la troisième, des mineurs nous font signe de venir, vite, plus vite.  Une fois le pas passé, les portes se refèrment, derrière nous, devant nos poursuivant.  Interloqué, je demande ce qu'il se passe.  Il y a le feu, le chariot est venu éventré une conduite d'huile, celle ci se pulvérisant dans l'atmosphère.  Un cable haute tension à été sectionné, provoquant un arc de courant, enflamant le liquide déjà bouillant.  Une étincelle, une fraction de seconde et nous voilà réellement en enfer !

Derrière la porte, des bras, des mains martèlent pour qu'on les laisse entrer.  Mais le feu, la chaleur l'avait déjà soudée.  Elle commençait même à rougir, de la fumée s'infiltrant par les interstices commençait à piquer les yeux.

Soudain, un autre craquement métallique se fit entendre, ils ont fait bélier avec un chariot.  La porte déstructurée par la fournaise avait cédé, un trou béant rempli de feu s'offrait à nos yeux émerveillés.

Je me tenais, juste devant, juste au centre, tout s'est passé si vite et si lentement en même temps, que je me rappelle chaque moment, comme au ralenti : j'ai senti, venant de derrière, une énorme masse d'air, venant me frôler, me refroidir et allant s'engouffrer par delà la porte.  Le feu, durant un instant, à reculé.  Mais après l'avoir digéré, il s'est avancé vers moi, vomissant son ardeur dans la galerie.  J'ai senti un souffle, une odeur de brûlé, j'ai vu les cloques qui se formaient sur mes bras, mes mains.  J'ai vu mes vêtements collés à mes chairs pendantes, spoliant le collagène qui les maintenaient ensemble.  Vers la fin, ma vision fut interrompue, je suppose que mes yeux avaient éclatés, bouillis par la pression de l'humeur aqueuse, explosant et sortant de mes orbites comme des balles de fusil.  J'ai entendu quelques cris, de plus en plus lointain, puis, plus rien, le vide.  Rien que le vide.

Je suis mort debout, le feu ayant rigidifié mon cadavre.  Je suis retourné au même état que la substance que j'extrayait, je suis devenu un homme de pierre, noir et dur.  Je suis resté en gestation, à l'intérieur même de l'utérus du coron, jusqu'à ce que l'équipe médicale, vienne me chercher, me faire remonter le long de ce couloir de mille mètre, boyau sans fin, où enfin, j'ai pu voir la lumière du jour, où enfin, j'ai pu renaître. 

 

 

La Belgique commémore les 50 ans de sa plus grande catastrophe minière. La tragédie du bois du Cazier. Le 8 août 1956, une erreur de manipulation va être à l'origine d'un feu qui va rapidement se propager dans toute la mine. Bilan 262 morts.

Source RTBF

 

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10:42 Écrit par Nola dans Général | Lien permanent | Commentaires (28) |  Facebook |

Commentaires

Le bois du Casier... J'ai toujours cru que c'était près de Jupile ;-)
Bonne Journée Nola

Écrit par : Yves | 08/08/2006

ahhahahaha Malheureusement Yves, certains hommes savent maintenant pourquoi !

Écrit par : Nola | 08/08/2006

Le retour Quel texte ! Superbe retour, même si triste...

Écrit par : Boudlard | 08/08/2006

Boud' Triste ? C'est un point de vue. A la fin, il renaît !

Écrit par : Nola | 08/08/2006

Oui mais les autres y sont restés.. enfin, vu les conditions de vie de l'époque, ça valait peut-être mieux... mais quelle souffrance pour les familles, de diosse, rien que d'y penser, j'ai froid dans le dos

Écrit par : Boudlard | 08/08/2006

Boud' Si tu as froid dans le dos... j'ai encore un chaffage au charbon qui traine
Ok je sors ;-)

Écrit par : Yves | 08/08/2006

oui Boud' Effectivement ! tu sais je suis petit fils de mineurs, et j'ai entendu cette histoire pas mal de fois !
Disons que cela fait partie de ma "culture"

Écrit par : Nola | 08/08/2006

Yves Le charbon, vous avez mille fois raison !

Écrit par : Nola | 08/08/2006

Mon Nola..... Enfin te revoilà... Ce sont les absences qui définissent la longueur du temps...
A la question "Tu vas bien p'tit caillou ?"
Je n'ose pas encore répondre Très bien, mais comme tu l'as lu, je suis sur le chemin, et... je vais bien! Il faut simplement que je ...... m'y habitue...
Kiss

Écrit par : Le P'it Caillou | 08/08/2006

Petit Caillou très jolie la phrase sur les absences !
Ok pour le chemin, disons que tu es en bonne voie ;-)

Écrit par : Nola | 08/08/2006

Nola Tu fais partie des gens vrais des blogs
Quand t'es pas là suis triste
Quand t'es là suis contente
Là... je suis contente

Écrit par : Ange | 08/08/2006

Ange Tu n'imagines même pas tout ce que Nola peut faire pour toi !
kissssssssss

Écrit par : Nola | 09/08/2006

magnifique retour, mon Nola Les vacances t'ont apportées un chargement de mots. Heureuse de te savoir à nouveau dans ta mine lumineuse;-)

Écrit par : Bille | 09/08/2006

Hey miss Bille tout va ?

Écrit par : Nola | 09/08/2006

Merci, pour ceux qui triment (trimaient...) en silence au fond, tout au fond.

A part ça, content de te voir de retour ... sur ton blog ;-)

Long live to the blues.

Amitiés,

Écrit par : Eric | 09/08/2006

just un p'tit coucou :) bises
et un gros bisous à ta sister ;)

Écrit par : bio | 10/08/2006

yes my Nola, tout va sauf que je suis un peu en sommeil en ce moment, comme si je me remettais d'une longue aventure dans les mines de la Moria (tu sais, celles qui sont exploitées par des nains). Et l'humeur d'Emma aujourd'hui, elle a quelle couleur?

Écrit par : Bille | 10/08/2006

~Ï~ bio => je n'y manquerais pas !
Bille => l'humeur d'Emma : violette, en ce moment. La petite commence fait quelques cauchemars la nuit.

Écrit par : Nola | 10/08/2006

Eric Mais je t'en prie. Je suis petit fils de mineur après tout !
Tout à fait d'accord avec toi pour le blues !

Écrit par : Nola | 10/08/2006

Nola.. il a le chic pour raconter des histoires comme si il les avait vécues
il a le chic pour te donner des frissons aussi
Cette histoire je la connais bien. Mon grand-père, il en est pas mort... tout de suite

Heureuse d'être de retour sur la blogosphère !
ps: C'est quand qu'on aura droit à une photo d'eMMa si elle aime tant ça ? :)

Écrit par : gaYa | 11/08/2006

Mon Nola faut arrêter d'aller danser sur les toits; tu vas finir dans les étoiles et nous, il nous faudra les fouiller de nos doigts pour te retrouver. ;-)

Écrit par : Bille | 11/08/2006

~Ï~ Gaya => Merci beaucoup ! Pour la photo d'Emma, je vais lui demander (je ne sais pas si elle voudra me répondre ;-))
Bille => Tu ne sais pas quel bien cela me fait d'aller sur les toits ! Tout y est tellemet précieux ! Et puis, c'est peut être en grattant la terre que tu y retrouveras les racines de mes rêves ! Qui sait ?

Écrit par : Nola | 11/08/2006

un peu décalée dans ce blog mais pas naïve je vous en prie ...
je suis encore surprise ; émue par cet hommage ..
et ce souvenir ; et pour la photo . très sensible à ce regard ...

Écrit par : La discrète | 20/08/2006

La discrète je suis petit fils de mineur, c'était le moins que je puisse faire

Écrit par : Nola | 21/08/2006

haha t tro bo joré envi de passé une nui ac toi a t coté t vrémen tro sexy tro éxiten mon chou mm si tu pu la merde é ke tu t pa lavé depui 3 an ton calbute i doi etre perimé ha jve pa voire ya koi deden

Écrit par : haha | 04/05/2007

petit fils de mineurs je suis petit fils de mineurs aussi et j'ai bcp aimé ce texte bravo. je vous invite à écouter notre chanson "fils de mineurs" sur notre site et à lire les nouvelles de CLovis sur les mineurs en Aveyron au siècle dernier. C'est là aussi criant de vérité. Bravo encore Pat RB

Écrit par : pat RB | 10/07/2007

Beau texte, une belle émotion...
Bravo !!

Écrit par : galien | 10/01/2008

C'est un très beau texte.
Fort et émouvant.
Bravo !

Écrit par : galien | 10/01/2008

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